Édito
Instrumentistes, chanteurs, interprètes, compositeurs : tous, ils jouent.
Le musicien joue de son instrument, l’interprète joue une œuvre, le compositeur joue avec les formes, le chanteur joue un rôle sur scène. Le mot jeu traverse ainsi toute la musique : multiple, insaisissable, sans jamais se laisser enfermer dans une seule définition.
En choisissant le jeu comme thème de son édition 2026, en lien avec la Saison culturelle de la Ville de Saint-Malo, Classique au large embrasse cette pluralité et invite à explorer la musique comme un espace de liberté, où se croisent règles, imagination, virtuosité et invention.
Les traditions de la comédie y trouveront naturellement leur place. L’iconique soprano Natalie Dessay et Yvan Cassar, l’enfant du pays, proposeront un concert autour des grandes comédies musicales de Broadway ; Claire-Marie Le Guay, pianiste familière du public malouin, défendra le Carnaval de Schumann et ses figures issues de la commedia dell’arte ; l’Orchestre national de Bretagne, sous la direction de Nicolas Ellis, nous entraînera sur les terres shakespeariennes du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn.
Les jeux de l’enfance ouvriront cette édition 2026 avec Âmes d’enfants du compositeur breton Jean Cras, associé à la Symphonie héroïque de Beethoven, interprétés par l’Orchestre symphonique de St-Malo. Dans le Salon de musique, concert participatif proposé par l’ensemble Faenza, le public sera invité à tirer les cartes afin de composer lui-même la musique jouée.
Mais le jeu est aussi affaire d’intelligence, de règles et de construction : celui, vertigineux, de la composition musicale. On le retrouvera dans les grandes architectures de Bach, avec la célèbre Offrande musicale interprétée par l’Ensemble Diderot, comme dans la monumentale Grande Fugue de Beethoven, portée par le Quatuor Voce.
Et puis il y a le jeu le plus essentiel : celui du musicien. Celui qui consiste à sonner – suonare, comme disent les Italiens – ou à « musiquer », selon le mot des violoneux des traditions populaires, ou encore à interpréter, à donner vie à une musique qui n’est pas la sienne. Ce jeu s’incarnera dans la joute instrumentale des Maîtres sonneurs du Kraken Consort, comme dans l’audace virtuose de Lise de la Salle, pianiste de renommée internationale, et de la violoniste Deborah Nemtanu, qui incarneront à elles seules la poésie et la virtuosité du jeu.
Dans ce grand jeu de la vie, les compositrices occupent une place essentielle. Plus d’une quinzaine d’entre elles jalonneront cette édition 2026, trop souvent oubliées par l’histoire, et pourtant porteuses d’univers singuliers d’une inventivité remarquable. Elles seront particulièrement mises à l’honneur dans deux concerts : Much Ado About Love, présenté par des étudiantes du Pont Supérieur, et Ni muses ni soumises, compositrices !, porté par la soprano Camille Poul et la claveciniste Maud Gratton.
Enfin, fidèle à son esprit de rencontre et de partage, Classique au large proposera également concerts immersifs, ateliers, conférences, rencontres avec les artistes, expositions, librairie, disquaire, restauration et produits locaux, dans le cadre unique du Palais du Grand Large, face à la mer et aux remparts de Saint-Malo.
À vous de jouer !
Louis Castelain
Directeur de Classique au large